musique logo

FESTIVALS  

la date limite de dépôt des demandes pour l'année 2017 est fixée au vendredi 27 janvier 2017

accéder au formulaire de demande d'aide en ligne

assoc   aides   evenements   concert   commandes   actualites   liens   telecharger
organigramme partenaires Marcel Landowski
Accueil > L'association > Marcel Landowski recherche ok

Premier directeur de la musique, Marcel Landowski a refaçonné le paysage musical français tant au niveau de l’enseignement – développement et réorganisation de tous les conservatoires de musique sur le territoire national — qu’au niveau de la diffusion – création et réorganisation de l’Orchestre de Paris notamment et des grands orchestres de région.
Créateur, compositeur et mélomane enthousiaste, Marcel Landowski a également participé activement à la diffusion de toutes les esthétiques musicales de la musique contemporaine en créant, en 1991, musique nouvelle en liberté.


Biographie de Marcel Landowski (1915-1999)

 

Marcel Landowski est né à Pont-l’Abbé, dans le Finistère, le 18 février 1915. Fils du sculpteur Paul Landowski et, par sa mère, arrière-petit-fils du compositeur Henri Vieuxtemps, il montre des dons précoces pour la musique et prend des leçons de piano avec Marguerite Long. Il entre en 1935 au Conservatoire de Paris où il est l’élève de Noël Gallon (écriture), et d'Henri Busser (composition). Ses premières œuvres sont exécutées un peu avant la guerre, notamment Les Sorcières et Les Sept Loups, par Pierre Monteux en 1937, alors qu'il est encore élève au Conservatoire. Vers la même époque, il se lie avec le Groupe des Six, en particulier Milhaud et Honegger. Ce dernier aura une grande influence sur sa musique.

 


Marcel Landowski, son fils Marc Landowski, architecte, et son père, le sculpteur Paul Landowski


Parmi ses premières œuvres marquantes, on peut citer Le Rire de Nils Halerius (1944-48), légende lyrique et chorégraphique qui marque ses débuts à la scène. Il donne ensuite Jean de la Peur (1949). Sa notoriété s'étend rapidement, ce qui lui vaudra, en 1950, le Grand Prix de composition de la ville de Paris. La décennie 50/60 est une période féconde, qui verra naître, entre autres, le Concerto pour ondes Martenot (1954) et l'opéra Le Fou (1956).



Marcel Landowski au Château de Mongenan



Grande personnalité de l’administration de la musique en France, il occupe successivement plusieurs postes importants : directeur de la musique à la Comédie Française (1962-65), il est ensuite nommé en 1966 par André Malraux à la Direction de la musique, de l'art lyrique et de la danse au Ministère des Affaires Culturelles, fonction qu'il exercera jusqu'en 1975. On lui doit notamment la définition d'un plan décennal pour la musique et la création de l'Orchestre de Paris en 1967 dont la direction est confiée à Charles Münch. Il est également inspecteur général de la musique au Ministère de l'Éducation nationale (1975), enfin directeur des Affaires culturelles de la ville de Paris (1977-79).

Élu en 1975 à l'Académie des beaux-arts (Institut de France) au siège de son maître Henri Busser, il devient plus tard Secrétaire Perpétuel de l'Académie des beaux-arts puis Chancelier de l'Institut de France.

 

Marcel Landowski, chancelier de l'Institut de France
Marcel Landowski à l'Institut de France


Ces fonctions officielles particulièrement lourdes ne l'empêchent cependant pas de continuer à composer, notamment L'Opéra de poussière (1962), la Messe de l'Aurore (1977), deux symphonies (1963-64), Un enfant appelle (1979), écrit à l'intention du violoncelliste Mstislav Rostropovitch et de son épouse, la soprano Galina Vichnevskaïa, et l'opéra Montségur (1985).

Marcel Landowski a été Président du Théâtre du Châtelet à Paris de 1979 à 1991. Il a également été Président Directeur Général des Éditions Salabert. Il a fondé en 1991 l'association musique nouvelle en liberté.

 

Marcle Landowski composant
Marcel Landowski composant


En tant que compositeur, Landowski s'est affirmé comme un indépendant, à la fois ouvert au langage du XXe siècle et réfractaire aux avant-gardes qu'il récuse. Comme administrateur, il a joué un rôle fondamental dans la réorganisation de la vie musicale française : il est à l'origine de la fondation des orchestres régionaux, du renouveau de l'art lyrique et de la restructuration de l'enseignement musical dans les conservatoires.

Marcel Landowski est mort à Paris le 23 décembre 1999.

Les partitions de ses œuvres son éditées aux Éditions Salabert et aux Éditions Choudens.


Constantes du langage de Marcel Landowski par Guillaume Connesson

 

Le premier élément de permanence, et incontestablement le plus important, est l'attachement sans défaillance à la tonalité. Tonalité, au sens de musique à pôle et non pas, bien sûr, au sens d'harmonie fonctionnelle. Les tons sont donc librement enchaînés, le rythme harmonique pouvant être si rapide qu'il donne l'illusion de l'atonalité, mais sans jamais franchir la limite au-delà de laquelle le cerveau n'opère plus d'autre différenciation des hauteurs que celle du registre. Plus fréquent encore sous sa plume est l'emploi de la pédale qui installe, sous forme de tenue statique, un accord pour plusieurs mesures. Quant aux accords eux-mêmes, la densité peut varier d'un simple accord parfait mineur, à l'agrégat le plus complexe, constitué généralement de deux tonalités empilées — dans le but d'enrichir la couleur harmonique et non, comme chez Milhaud, pour la dialectique de deux tonalités indépendantes l'une de l'autre, superposées souvent de manière artificielle — ou plus souvent encore d'un accord parfait enrichi de notes étrangères. L'enchaînement se fait sans autre règle que l'instinct (comme chez Poulenc) et la recherche de la couleur appropriée au moment dramatique.

Il ne faut jamais oublier que Landowski est avant tout un musicien de théâtre (même dans ses symphonies ou ses concertos) et que la couleur, l'effet de surprise, le coup de théâtre, guident bien souvent sa logique harmonique. Ce qui amène à parler de son goût prononcé pour le contraste. Un de ses premiers poèmes symphoniques porte le titre de Clairs-obscurs, et l'on remarque dans toutes ses œuvres de brutales oppositions forte/piano, des changements de registres, des silences coupant net les envolées lyriques, bref tout ce qui peut renforcer la théâtralité du discours. Si Schubert échoue à l'opéra quand Weber y réussit, ce n'est pas lié à de nébuleux problèmes d'inspiration mais à la nature même du langage employé. Celui de Marcel Landowski est fait pour la scène parce que sa cohérence se fonde sur la transposition du geste en élément de vocabulaire musical. Ce qui amène l'artiste à déclarer dans les années cinquante "Je ne crois pas à la musique pure".

La fidélité à l'harmonie tonale s'accompagne de l'utilisation équilibrée des deux autres éléments indispensables au langage musical : la mélodie et le rythme. Ce dernier joue un rôle important dans de nombreuses œuvres, en particulier le second mouvement de la Quatrième Symphonie (une véritable étude de rythme) et le ballet Le Fantôme de l'Opéra. Marcel Landowski se sert peu du décalage métrique, mais il emploie en revanche l'ostinato de manière saisissante et ne recule pas devant les polyrythmies complexes. Dans les mouvements rapides, la pulsation et le motorisme sont omniprésents, comme les tourbillons de croches dans le final de la Troisième Symphonie, ou la marche répétitive du Fou.

Quant à la mélodie, elle se présente soit sous forme d'arioso continu, de nature très chromatique, que le compositeur accompagne généralement, pour compenser, d'une pédale harmonique de manière à polariser les hauteurs, soit sous forme de cellules très courtes, d'une extrême simplicité.

 

Évolution du langage après 1976

Interrompu dans ses activités compositionnelles pendant dix ans pour raison de "congé politique", Marcel Landowski reprend le crayon en 1976, avec un Concerto pour trompette et une Messe de l'aurore. Les caractéristiques évoquées plus haut seront conservées, mais trois éléments vont se modifier de manière profonde dans les vingt années qui suivent, années qui verront éclore un nombre considérable de partitions. Ces trois éléments sont la forme, le traitement de la matière sonore et celui du timbre.

L'originalité de l'orchestration landowskienne se situe moins au niveau des dispositions et du rôle des groupes instrumentaux, somme toute assez traditionnels, que dans le détail des alliages de timbres. Ainsi, le rôle principal est toujours aux cordes, les vents étant utilisés le plus souvent en "surimpression" pour doubler. Mais à partir de la deuxième période compositionnelle se fait jour un goût pour les "trouvailles" étranges, pour l'inhabituel : mélanges de percussions et de guitare électrique dans Montségur, miaulements de synthétiseurs dosés avec le bruissement d'archets frappés sur la caisse des instruments à cordes dans La Vieille Maison, glissandos et flatterzungue par dizaines... on pourrait multiplier les exemples de l'invention instrumentale déployée par Landowski dans ses derniers opus.

Curieusement, cela ne s'accompagne pas d'une exubérance instrumentale accrue, mais au contraire d'une raréfaction progressive de la matière sonore. Un coup d'œil même distrait sur la partition du Fou puis sur celle de Galina, montrerait bien ce trajet vers le dépouillement, voire l'austérité dans une partition comme Les Leçons de ténèbres. Comme souvent, la maturité artistique conduit à se concentrer sur l'essentiel du discours dont la séduction est du coup moins immédiate. On retrouve un chemin similaire chez Chostakovitch ou Britten.

Enfin, et c'est sans doute le plus frappant, l'organisation formelle se modifie : si dans les années cinquante Landowski fait encore appel à des techniques classiques, forme sonate dans la Première Symphonie, fugato dans Le Fou, il leur préféra peu à peu une construction libre, "psychologique", proche du poème symphonique romantique. Des séquences beaucoup plus courtes qu'auparavant, s'enchaînent par opposition de couleurs, de temps ou d'écriture (contrapuntique, harmonique, rythmique...).

 

Situation et perspective du langage de Marcel Landowski dans son époque

Aujourd'hui, le continent tonal retrouvant peu à peu un espace d'expression dans les médias, on comprend combien il est utile de restituer la musique de Marcel Landowski dans son contexte. Héritier du Groupe des Six et d'une certaine tradition française, Landowski sera mis en quarantaine avec l'étiquette "réactionnaire" par la génération atonale des années soixante. Si Messiaen et Dutilleux flirteront un temps avec l'avant-garde, fascinés peut-être par le culte de la complexité, Landowski, lui, à la recherche du chant intérieur, ne pouvait être qu'en porte-à-faux avec la mode de l'époque. Mais se retrouver dans la charrette des compositeurs honnis, aux côtés de Britten, Jolivet, Chostakovitch, Barber, Prokofiev ou Poulenc, n'a rien de déshonorant pour un artiste ! Vers le milieu des années quatre-vingt, avec l'émergence du courant dit de "Nouvelle Musique" (Adams, Glass, Gorecki...) la langue musicale de Landowski apparaît comme modérée dans ses choix esthétiques, puisque le chromatisme est souvent préféré au diatonisme, et les techniques répétitives peu employées. Des compositeurs comme Jean-Louis Florentz ou Nicolas Bacri se sont d'ailleurs reconnu dans cette idée du "juste milieu". Le "pays fertile" n'était peut-être pas celui que l'on croyait...

 

 

Marcel Landowski

Marcel Landowski nous a quittés le 23 décembre 1999. Il laisse une empreinte profonde et durable sur la vie musicale française ; mais son œuvre administrative - déterminante par l’essor qu’elle a donné à l’enseignement, aux orchestres et aux grandes institutions lyriques - éclipse trop souvent son œuvre de compositeur. À tort : car cet artiste-né, remarqué très jeune du public et de la critique, laisse un vaste catalogue recouvrant presque tous les genres. Landowski incarne pleinement cette génération d'artistes qui, entre la muse légère du Groupe des Six et le radicalisme de l’avant-garde postsérielle, voulait redonner à la musique française une forme d’ambition et d’élévation spirituelle.
N'oublions pas ce Landowski compositeur : du jeune artiste audacieux et quelque peu turbulent de l’immédiat avant-guerre (où sa première œuvre vit le jour sous la baguette du grand Pierre Monteux), au symphoniste puissant, proche d’Honegger, en passant par le compositeur lyrique aux préoccupations philosophiques omniprésentes. N'oublions pas, non plus, les compositions de musique vocale, écrites pour chœurs d'adultes ou d'enfants – qui continuent d'applaudir sa populaire Sorcière du placard au balai. Les virtuoses d'aujourd'hui pourraient également se pencher, avec profit, sur les concertos pour piano ou pour instruments à vents ; et l'on espère revoir sur scène ce Fantôme de l'Opéra dans lequel l’art de Landowski se déploie avec beaucoup de fantaisie.
Cette œuvre devait, certes, connaître une longue interruption qui n’allait pas faciliter sa diffusion : retrait volontaire, dès le jour où Landowski se consacra à la création de la Direction de la musique au ministère de la Culture. La dernière partie de sa vie a vu toutefois fleurir quantité d’œuvres nouvelles, des amples dimensions de la Messe de l'aurore à l'intimité de son quatuor à cordes L’Interrogation, sans oublier, toujours, ces opéras auxquels il attachait une importance particulière, comme le miroir de ses préoccupations. Les quelques concerts programmés tout au long de la saison 2009-2010, grâce à l'engagement d'artistes et responsables d'institutions musicales, ne donnent de cette œuvre qu’une première approche. Mais nous espérons que cet élan contribuera, dans les années qui viennent, à aiguiser la curiosité sur un créateur qui mérite sa place au sein même du répertoire – loin des chapelles spécialisées qui ne convenaient guère à la générosité rayonnante de sa personnalité.

Benoît Duteurtre

 

 

(c) musique nouvelle en liberté 2010 - Mentions légales - Contact - Plan du site